mercredi 27 mai 2009

My name is Beer

Une des première difficultés rencontrées par un enseignant en début d'année est le processus de mémorisation des prénoms des élèves. La gymnastique intellectuelle s'avère plus difficile lorsqu'on enseigne à l'étranger, car les prénoms nous sont souvent inconnus.
En Thaïlande, c'est tout particulièrement vrai.


D'abord, reprenons depuis le début.
Les Thaïs ont un nom de famille et un prénom, ce dernier étant choisi par les parents. Le choix du prénom est assez complexe, car l'objectif principal est de "porter chance". Beaucoup ici sont très attentifs à ce genre de superstition, et les règles permettant de déterminer le "facteur chance" d'un nom sont très complexes et leurs origines assez floues.
Il y a des lettres meilleures que d'autres, des suffixes, des préfixes et des syllabes qui, sans avoir de signification précise, évoquent le bonheur, l'argent ou la joie.
Les prénoms sont donc fabriqués par un assemblage de ses lettres et mots. Il arrive alors assez régulièrement qu'ils soient uniques, ou tout du moins rarissimes.

De leur côté les noms de familles ont, pour la plupart, été eux aussi fabriqués de cette façon. En effet, en Thaïlande, on peut changer à loisir son prénom... mais aussi son nom de famille. J'ai eu du mal à trouver une confirmation officielle, mais ce qu'on m'a expliqué, c'est que la procédure n'est pas plus compliquée que remplir un formulaire et n'a pas besoin d'être justifié comme c'est le cas en France.
On ne peut pas non plus choisir n'importe quel prénom, sont proscrits les noms contenant des mots relatifs à la famille royale et tout ce qui est grossier ou insultant. Ceci dit, ça laisse pas mal de latitude.
J'avoue que j'ai un peu de mal à imaginer comment les administrations arrivent à gérer ce casse-tête... En même temps, ici, sécu, assurance chômage etc... ça n'existe pas.
Cette possibilité de changer de nom si facilement remonte à l'époque du roi Rama VI qui, pour appaiser les tensions entre les Thai et l'énorme communauté de chinois (installés en Thailande depuis de nombreuses générations), leur a offert la possibilité d'adopter des patronymes Thaï.

La tendance est alors à la surenchère. On va coller le plus possible de syllabes de bon présage, histoire, au cas où, de s'assurer un peu de chance.
Un bone exemple est la médaillée Olympique Prapawadee Jaroenrattanatarakoon, qui a adopté cet immense patronyme en lieu et place de "Junpim Kuntatean" juste avant les jeux. Bien lui en a pris semble-t-il.

La conséquence directe de ces patronymes à rallonge, est que les Thai ne les utilisent que pour les documents officiels. Le reste du temps, ils utilisent un surnom: entre amis, avec la famille mais aussi pour les relations professionnelles (le surnom est alors simplement associé à "Khun", qui veut dire "Mr." ou "Mme").
Celui-ci aussi ils le changent. Quand ils sont petits, il est donné par les parents, mais il peut s'avérer un peu embarassant plus tard (trop infantile) alors ils n'hésiteront pas non plus à le changer.
Il y a des classiques: "Nueng", veut dire "Un", est assez régulièrement donné au premier enfant. Mais de nos jours, la mode est à l'anglais. Parce que c'est "cool".
Je ne parle pas de donner des prénoms anglophones... mais bien d'utiliser des mots anglais qui évoquent quelque chose de positif pour les Thaï.
Le résultat peut s'avérer assez surprenant, voir gênant ou hilarant.
Certains seront alors surnommés "Boss", "Best" ou "First"... pour des raisons assez évidentes. Il y a aussi les noms supposés mignons: "Cookie", "Cartoon", "Pancake"... et les ratages: "Pee", "Beer", "Cutout" (??), "F-4" (???).

La palme reste aux parents de deux jumeaux que j'ai dans ma classe.

L'un est surnommé "Play".
L'autre...
...
... s'appelle "Pause"

dimanche 17 mai 2009

Pousse-toi de là que je m'y mette

Bangkok est connu pour sa circulation chaotique et ses embouteillage.
Loin d'être usurpée, cette réputation est cependant à temperer, notamment en regard de ce que l'on peut rencontrer dans certains pays mediterranées ou même dans quelques pays voisins.

La plupart des expatriés se déplacent en transports en commun ou en taxi. C'est plus souple, plus pratique, et globalement moins cher.
Mais voilà, la voiture est un signe de statut social extrèmement important ici. Comme en France me direz-vous... peut-être, mais on ne joue pas dans la même cour.
Dès qu'un Thai obtient un poste relativement bien payé, il est supposé acheter une voiture. Qu'il en ait besoin ou pas n'a que peu d'importance.
Ma copine doit régulièrement expliquer à ses collègues que pour l'instant, elle n'en a aucune utilité, notamment parce qu'il est plus rapide et moins cher pour elle de prendre le confortable métro aérien plutôt que de s'enterrer dans les bouchons des heures de pointe.

L'autre inconvénient de la voiture, comme dans toutes les villes, c'est le stationnement. A Bangkok, cependant, la tâche reste relativement aisée, pour 2 raisons.
D'abord, tout immeuble qui se construit est conçu avec un parking installé dans les premiers étages.
Ensuite, même si ces parkings s'avèrent un peu sous-dimensionnés (par exemple les week-end dans les centres commerciaux), il existe une habitude qui ne cesse de m'étonner.

La photo ci-dessous illustre parfaitement la technique de stationnement en vigeur ici.



Oui, vous avez bien vu (notamment en bas de la poto),  on pratique le "triple file.

Ce genre de situation, en France provoquerai probablement des accès de frénésie destructrice:
"Dégage ta caisse de devant la mienne ou je la dégage avec mon pare-choc!"

Rien de cela ne se passe ici. C'est une situation parfaitement normale.
Il se trouve que les 2 files de voitures bloquant la sortie de celles gqrées en batailles sont "mobiles". Les gens ne serrent tout simplement pas le frein à main.


En arrivant à sa voiture, donc, il "suffit" de pousser, une à une, les voitures qui bloquent de façon à se dégager une issue.
Tous s'y collent, parents, enfants, mamans, grand-pères, etc... C'est d'ailleurs une bonne opportunité pour draguer: aller filer un coup de main à la jolie demoiselle qui s'efforce de pousser un gos 4x4 perchée sur ses talons hauts.

Parce que ici, bien entendu, on n'achète pas de Yaris ou de 207. "Trop petit, vraiment pas sécurisant". On leur préfère de gros SUV chinois à bord desquels on n'attache pas la ceinture. 

lundi 4 mai 2009

Retour aux Affaires

Me revoilà. Après un bon mois de silence, il est plus que temps de reprendre la main sur ce blog. Je m'excuse d'ailleurs auprès des fidèles pour le peu de choses qu'ils ont pu se mettre sous la dent ces deux derniers mois.
Il se trouve que je suis arrivé à un stade où les "découvertes" se font plus rares et l'assimilation plus "intérieure" et donc assez difficile à retranscrire.
La tempête de chocs culturels est passée et je n'en ai pas passé beaucoup sous silence. Hormis peut-être quelques chocs plus négatifs, inévitables (quelle culture pourrait prétendre à la perfection), mais qui ne correspondent pas beaucoup au ton de ce blog et à ma volonté de combattre mon tempérament de français grognon.

Rassurez-vous, j'ai décidé de continuer d'alimenter ce blog, cette fois-ci en tentant de passer à une phase plus explicative et didactique que narrative. Comme je le disais avant, les chocs sont passés, mais la compréhension et l'assimilation ne font que commencer.

Bientôt, j'essayerai donc de vous aider (et, par la réflexion que cette écriture va nécessiter, de m'aider moi même) à mieux comprendre les origines de certaines traditions, pratiques, états d'esprit et habitudes... et je tâcherai de dépoussierer un peu les conseils désuets que l'on trouve dans les guides à propos des attitudes à adopter en Thailande.

J'espère aussi pouvoir éviter de trop parler de la difficile situation politique dans laquelle se trouve le pays.
Les manifestations d'Avril, je les ai vécues depuis la France. Et, comme on pouvait s'y attendre, les informations furent plus que partielles. Promptes à rapporter le basculement dans la violence... mais incapables le lendemain même d'écrire une simple ligne pour dire que tout était rentré dans l'ordre.
Je me contenterai donc, au besoin, d'apporter un éclairage moins sensationnaliste sur l'actualité locale.

Enfin, je continuerai, et de façon plus fréquente, de prodiguer mes "conseils aux voyageurs". J'envisage même de les aggréger en une version pdf imprimable facile à emmener en vacances... une fois que la matière sera suffisante.

Bien. J'espère que ce programme vous réjouit et je vous promets de revenir très vite avec articles, photos et histoires.