mardi 18 novembre 2008

La vie en noir et blanc


Ce week-end, la Thaïlande, et plus particulièrement Bangkok, ont vécu un évènement rare, qui a focalisé l'attention de toute la Nation.

Cet évènement, ce sont les funérailles royales de la Princesse Galayani Vadhana, soeur du Roi Bumibhol. Ceux qui me suivent sur ce blog seront surpris de me voir parler de ces funérailles alors que je n'ai pas mentionné le décès... C'est que celui-ci est survenu le 8 janvier dernier, au cours de sa 84ème année. Oui, il n'y a pas de faute de frappe. Il s'est déroulé presqu'un an avant que la cérémonie ait lieu.
C'est, ici, une marque de respect pour le défunt.

Les funérailles royales sont un évènement rare en Thaïlande, seules 4 ont eu lieu sur les 60 dernières années. La ferveur populaire qui a accompagné l'évènement est frappante... voire un peu choquante pour un français élevé dans la satisfaction de vivre dans un pays s'étant débarrassé de ses têtes couronnées à coup de guillottine.


Je vous passerai les détails de la cérémonie, que je n'ai suivie que par intermittence (un vrai marathon télévisuel diffusé d'office sur toutes le chaines nationales pendant 3 jours). Ce fut un enchainement de processions en costumes d'apparat somptueux, de défilés en palanquins scintillants et de prières et rituels bouddhistes très obscurs pour le profane.

A première vue, tout cela est démesuré et en complêt décalage. La Thaïlande, même si elle connait un développement important, n'est pas un pays riche... alors dépenser 7 millions d'Euros pour la seule crémation, ce n'est pas rien. Sans compter le battage médiatique précédent l'évènement, proche du lavage de cerveau avec ses documentaires mélo sur la vie de la princesse, et la longueur de la cérémonie (3 jours entiers).


Cette princesse est particulièrement aimée en Thaïlande. Encore une fois, ça peut paraître un peu exagéré. Elle a effectivement poursuivi beaucoup d'oeuvres caritatives initiées par sa mère, et énormément contribué à la promotion de la culture, notamment la musique et la culture française (oui oui)... Bref, une personne bien, mais comme il y en a beaucoup (et heureusement) dans notre monde. En fait c'est probablement le contraste de sa gentillesse et de son dévouement avec les frasque de nombre de ses proches qui la rend si populaire. Hormis le Roi, sa fille et, donc, sa soeur la Princesse, les autres membres de la famille royale sont plutôt connus pour leurs bêtises.

C'est donc en mettant ainsi en perspective que j'ai réussi à digérer l'ampleur d'un évènement qui a priori me paraissait presqu'indécent. Les funérailles royales sont l'un des seuls évènements d'ampleur nationale capables de rassembler le pays autour d'une même idée. Leur caractère exceptionnel exacerbe l'implication des Thaï dans l'évènement. Rappelez-vous le bicentenaire de la Révolution, ou plus récemment la Coupe du Monde 98. Finalement, est-ce plus bête de se rassembler et de faire tant de foin pour les funérailles d'une Princesse que pour une bande de types ayant tapé mieux que les autres dans un ballon?


La couleur du deuil est le noir. Il fut demandé aux Thaï de porter du noir ou du blanc au cours de ces trois jours. Là où on atteint justement la limite de ma capacité à m'ouvrir à l'autre culture, est par la pression sociale qui a été mise sur ce genre de marques de respect "périphériques".
D'abord parce qu'elles ne sont pas demandées par la familles royales, mais plutôt imposées par tous ceux qui souhaitent être bien vus, allant jusque dans la surenchère.
Ainsi, il fut décidé que, dans mon école, le port des couleurs du deuil serait effectué en plus durant 2 semaines avant les funérailles... Et ce pour tous. Y compris moi qui, sans vouloir manquer de respect, ne porte pas une attention particulière à la Princesse.
Il a aussi été décidé de fermer les bars restaurants etc... Durant la cérémonie: pas le droit d'être indifférent.

Bref, au lieu de m'intéresser à un évènement en attirant mon attention par la ferveur et la grandeur de l'évènement, on a tenté de m'y contraindre.
C'est d'autant plus déplorable que ces mesures n'étaient pas nécessaires. Les Thaï aiment leur Princesse.
Mais il y a ici cette culture de "l'ancien" qui décide de ce qu'il faut faire, et que l'on se doit de suivre. Vous me connaissez, l'immobilisme, j'adoooore...

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