lundi 1 septembre 2008

Une odeur de barricades

Aujourd'hui, je suis encore au chômage technique.
Les manifestants du PAD sont toujours là, à quelques metres de mon lieu de travail, qui reste donc fermé (au mieux) jusqu'à mercredi.

Mais ce matin, il a quand même fallu que je m'y rende, afin de remplir quelques paperasses qui me permettront d'avoir ma paye à la fin de la semaine.
C'était l'occasion d'aller voir ce qu'il se passe... j'ai pas pu résister. J'ai même ramené quelques photos (pour une fois, je pompe pas les sites de news).

La première constatation, c'est que c'est calme. Peut-être l'heure très matinale de ma visite y est pour quelque chose. Toujours est-il que, comme je l'avais dit dans un post précédent, on est loin des images d'insurrection et de violence que l'on peut voir dans les journaux.

Violence il y a eu. Certes. Mais d'une ampleur étonnament limitée en regard du nombre effarant de manifestants (plusieurs dizaines de milliers, et ce depuis plus d'une semaine). Le tout se limite à quelques bleus.
L'utilisation de quelques grenades lacrymogènes samedi fait même grand bruit. La police et les manifestants se renvoyant la balle, chacun affirmant que c'est l'autre qui les a lancées. Le PAD, un peu gonflé, a même porté plainte contre la police pour cela (sic!).

Dans le Bangkok Post, le Directeur de l'Institut d'Etude des Relations Internationales de Thailande tente de comprendre pourquoi la réaction de la police est si mesurée.
Cette prudence s'expliquerait par le souvenir encore très vivace du massacre lors des manifestations étudiantes d'Octobre 1976 et celui de la répression des manifestations de 1992.
Le Premier Ministre Samak, est connu pour être un peu soupe au lait, et même souçonné d'avoir joué un rôle dans les évènements de 76... c'est probablement pour cela qu'aujourd'hui il joue la carte de l'apaisement.

Mais cette tolérance a un effet notable: elle laisse complêtement libre de mouvement les manifestants du PAD. Leur installation est impressionnante. Les moyens sont là: grandes tentes, quartiers de stockage de vivres, infirmerie, toilettes mobiles.
Les petits vendeurs ambulants se frottent les mains. Ils ont amenés leurs charettes au coeur du campement, approvisionnent et divertissent les protestataires.

Autour, de solides barricades ont eu largement le temps d'être installées: barrières de métal, cartons et même barbelés. Derrière, bâtons, casques et boucliers en contreplaqué sont prêts à être utilisés, au besoin.

On ne sent pas vraiment de tension. La présence policère est discrète, le trafic (et les bouchons) continuent comme tous les jours au pied même des palissades... mais on ne voit pas non plus comment la situation peut se débloquer.

Au cas où, des ambulances sont stationnées à proximité des lieux, mandatées par l'une des princesses de la famille royale.

Peut-être la majorité silencieuse, celle qui n'aime ni Samak et son "chef spirituel" Thaksin, ni les agissements du PAD, va-t-elle finir par se faire entendre. Des universitaires tentent de lancer une opération "ruban blanc", pour que la population montre son attachement à la démocratie plus qu'à l'un des deux camps qui se chamaille aujourd'hui.

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