samedi 12 juillet 2008

Ton plan, c'est du chinois

Aujourd'hui, petit post sur un phénomène qui a dû faire craquer plus d'un touriste en visite en Thaïlande.

La base de notre orientation (je parle pour les franaçais au moins, voire plus globalement les occidentaux) repose sur une représentation des choses sous forme de plan. Lorsqu'on demande à un ami de nous expliquer comment aller chez lui, si c'est un peu cmpliquer, il va naturellement prendre un papier, un crayon et dessiner un rapide petit croquis qui rend les choses plus claires.
Lorsqu'on choisit un guide touristique, un des critères est la présence de plans pratiques des sites et villes à visiter. On aime savoir "où" on est, en y mettant le doigt.

Hé bien ici. Pas du tout.
Les illustrations sont nombreuses:

Si vous prenez un taxi et qu'il ne comprend pas où vous voulez aller (ça arrive, il y a certains mots assez imprononçables), ne perdez pas votre temps à lui montrer un plan si la destination n'est pas écrite en Thaï dessus. Ca ne lui dira rien. Juste un joli dessin avec plein de traits.
Essayez plutôt de lui indiquer un lieu connu et proche puis de le guider vous même ("left, right, stop!!!").

Le très modèrne SkyTrain possède à chaque station un plan des environs. Très pratique. Mais très vite perturbant. Il est orienté par rapport à l'endroit où il est posé. Pas nord-sud. Alors pour comparer avec votre guide et vous y retrouver, c'est assez sportif. D'ailleurs, le même plan se trouve au dos du panneau, et est donc orienté à l'envers par rapport au premier.

Il n'existe pas de plan des lignes de bus. Tout du moins, je n'en ai pas trouvé (la preuve ici). Il y a des centaines de lignes et pas de plans. Seules quelques guides tracent une dizaine de lignes et leurs principaux arrêts près des sites touristiques. Ce n'est pas suffisant. Alors je me suis étonné: "comment savoir quel bus prendre?"... On me répond: "Il faut connaître, ou alors demander à quelqu'un". Quelqu'un? Qui? Où, quand, comment? C'est envisageable pour le même trajet quotidien, vers le boulot par exemple. Car on peut demander au départ et à l'arriver aux collègues et voisins. "Où est l'arrêt le plus proche?" (ils sont très discrets), "Où va ce bus?", etc... Mais franchement, pour un trajet occasionel, c'est pas la peine.
Pourquoi pas de plan alors??? Hé bien parce que personne en Thaïlande ne les utiliserait.

Force est de constater que, dans leur vaste majorité, les Thaïlandais ne savent pas lire un plan.
Oui, ça peut paraître étonnant à la vue du dédale de rues qu'est Bangkok, mais c'est ainsi.
Bien entedu, ce n'est pas du tout par ignorance ou manque d'éducation. C'est simplement que ça ne correspond pas à la façon de s'orienter et de se représenter le monde.
Ici, l'orientation est verbale: "Va ici, puis tourne à droite au feu, dépasse l'hopital, etc...". On utilise ça chez nous aussi, quand les directions à donner sont assez simple ou pour les femmes (arf arf, je vais avoir du courrier), mais ici c'est le mode d'orientation unique et exclusif.

Mon opinion est que cela provient de deux choses. D'abord, jusqu'à il n'y a pas si longtemps, beaucoup de Thaïs, principalement dans les campagnes étaient analphabètes. Ca a changé, mais les habitues orales restent.
Et puis l'organisations de leurs villes et des rues est propice à cette façon de se diriger. Il y a une sorte de hiérarchie pyramidale.
J'en ai déjà parlé: on part de la rue principale, puis on prend dans une des rue adjacentes numérotées (un "soi"), qui, lui même, possède souvent la série de petites rues adjacentes numérotées dans l'ordre (pairs d'un côté, impars de l'autre).
Ainsi, en connaissant la rue principale (finalement, il n'y en a pas tant que ça dans Bangkok) puis les numéros des "sois" et "sous-sois", on arrive à destination.

Voilà un petit exemple:


Perturbant, mais pratique une fois qu'on connait.

Ca m'empêchera pas d'apprendre à mes petits comment lire ou écrire un plan simple.
Parce que s'ils doivent voyager hors de Thaïlande, ils vont être perdus.
En attendant, on les emmène lundi à la "Ferme aux Crocodiles". Je les ai prévenus, ceux qui sont pas sages, on les jette au crocos.

Ils ont rigolé.
Bravo la crédibilité.

Aucun commentaire: