jeudi 3 juillet 2008

Le Temple de la discorde

Depuis plusieurs semaine, un sujet de dispute entre la Thaïlande et le Cambodge at été ravivé... Et (encore une fois?) la France coloniale a quelque chose à voir avec ça.

Commençons par le début:
Le temple de Preah Vihear est un monument d'architecture Khmer datant du 12ème siècle, qui se site à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge. La civilisation Khmer a régné à cette époque sur un territoire assez large comprenant notamment ce qui est actuellement le Cambodge, une partie du Laos et de la Thailande. Leur plus impressionnante réalisation est le célèbre "Angkor Vat" (voir photo).
Peu après les royaumes de Siam et du Vietnam ont pris de l'ampleur, et n'ont cessé de grignoter le territoire et l'influence des Khmers, jusqu'à ce que cette civilisation s'écroule, abandonne Angkor et, bien plus tard, à la fin du 19ème siècle, ne se place sous protectorat de la France, alors puissance coloniale ayant le contrôle du Vietnam.

En 1904, la Thaïlande et la France se sont réunis afin de trouver un accord sur le tracé de la frontière. Ils ont décidé que celle-ci suivrait la crête du massif montagneux de Dângrêk. Les Français ont alors tracé les plans précis et remis ceux-ci au gouvernement Thaï, qui n'a pas émis d'objection et tout le monde est reparti satisfait.
Le "hic", c'est qu'en l'occurence, les français ont (volontairement ou pas) dérogé à la règle énoncée et inclus le temple dans le Cambodge, bien qu'il se situe sur le versant "Thai" du massif... et est d'ailleurs ainsi bien plus facilement accessible de ce côté.

Mais le gouvernement Thaï a pourtant contresigné ces plans...

A peine la décolonisation française entamée, la Thaïlande prend possession du temple, au dépends du Cambodge, qui porte plainte auprès de la Cour Internationale de justice.
Ils obtiennent gain de cause en 1962. Notamment parce que, bien qu'en possession des plans précis de la frontière, la Thaïlande n'a pas émis d'objection, et que la "règle" de la crête n'était que verbale et seulement destinée à aider au tracé.
Après quelques gesticulations, la Thailande se retire, et les deux pays trouvent une position de compromis où, bien que le temple soit derrière la frontière Cambodgienne, l'accès par la Thaïlande et pour les Thaï est totalement libre.

Jusqu'au mois dernier, tout cela fonctionnait très bien. C'est alors que le Cambodge a déposé un dossier après de l'UNESCO afin d'enregistrer le temple au Patrimoine Mondial. Avant de faire cela, ils se sont assurés que la Thaïlande ne poserait pas de problèmes. Les représentants des deux pays se sont même rencontrés à Paris le 22 Mai dernier, et ont trouvé un accord modifiant de nouveau la frontière afin qu'elle suive de plus près la crête, mais en même temps laisse le temple au Cambodge.
A la suite de cette réunion, la Thaïlande a officiellement soutenu le dossier du Cambodge auprès de l'UNESCO.

Mais voilà, ce gouvernement Thaï, je l'ai déjà expliqué, est plus que controversé... Et l'opposition, le parti Démocrate, a sauté sur l'occasion pour essayer de lancer une nouvelle attaque.
Agitant le drapeau nauséabond du nationalisme, ils ont réussi à raviver les tensions entre les deux pays. Au nom de la "souveraineté et de la fierté nationale", ils ont accusé le gouvernement de vendre la Thaïlande.
On parle ici de 4,6 km² et d'un territoire considéré internationalement comme Cambodgien depuis 1962. En fait, si on considère que la frontière d'origine est celle fixée par la Cour Internationale, alors les Thaï ont fait une bonne affaire, gagnant le terrain situé de leur côté (temple mis à part).
Mais les nationalistes, bien sûr, n'ont jamais considéré cette décision comme valable, préférant le "flou artistique", et l'accord clair du gouvernement sur la frontière est une véritable insulte à leurs yeux.

Aujoud'hui, les relations entre les deux pays sont très tendues, chaque embassade protégée et ce qui aurait du être un geste fraternel s'est changé en appel à la stupidité du nationalisme aveugle.

Cependant, il est bon de s'interroger sur les raisons d'un tel soutien du gouvernement au projet Cambodgien.
C'est un dossier explosif, ils le savent bien, alors pourquoi prendre le risque d'aller si loin dans ce sens? La réaction des nationalistes n'est pas vraiment surprenante... pourquoi avoir pourtant agi ainsi?
On découvre alors que le fameux ex-premier ministre Taksin, richissime entrepreneur, politicien, corrupteur et mégalomane (sympathique mélange) et à qui l'actuel gouvernement reste tout dévoué a justement un projet de constructiton d'une "ville nouvelle" au Cambodge...

A mon avis, le Cambodge restera souverain sur le temple, mais probablement au détriment des relations avec la Thaïlande, et même de l'ajout de celui-ci au Patrimoine Mondial de l'UNESCO

En résumé, en Thaïlande, les politiciens ne sont pas mieux les uns que les autres. Un peu comme chez nous, sauf qu'ils partent de vraiment plus bas...
Une nouvelle fois, on comprend que le Roi, sa stabilité et son réel dévouement pour le pays soit tant respecté ici.

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