lundi 30 juin 2008

Les doigts de fée

Ce soir, nous sommes allés voir un spectacle de marionnettes... Ca peut paraître très infantile, mais c'était en fait une formidable expérience.
Le théatre Naatayasala est le dernier à proposer des représentations de marionnettes traditionnelles Thaï.

En fait, la tradition n'est vieille que d'un siècle, mais elle découle directement du théatre traditionnel, bien plus ancien celui-ci, qui remonte à plusieurs siècles dans le passé du Royaume de Siam.
Ce théatre est la représentation sur scène des mythes et légendes de Thaïlande, très souvent liées à la mythologie hindoue.

L'épisode narré était l'histoire de la bataille du soleil et de la lune contre le démon Rahoo. Ce dernier fut à cette occasion coupé en deux par un dieu alors qu'il buvait un nectar d'immortalité. Bien qu'ainsi un peu "amoindri", il n'en était pas moins protégé par l'élixir. Il promit au Soleil et à la Lune de les dévorer dès que l'occasion se présente.
Malheureusement pour lui, à peine avalés, les deux astres trouvent toujours un moyen de sortir de ce "demi corps"... jusqu'à la prochaine fois où Rahoo les croisera et tentera une nouvelle fois de les avaler, déclenchant une nouvelle éclipse.

Les marionnettistes sont d'une dextérité extraordinaire, les poupées semblent réellement prendre vie. C'est d'autant plus incroyable qu'ils sont à 3 pour manoeuvrer chacune, et que, visibles sur la scène, ils dansent eux aussi.

Mais outre la performance artistique et technique, c'est l'intelligence de ce spectacle que je trouve le plus remarquable. La musique et la danse traditionnelle thaï sont, pour le profane, qui plus est occidental, assez hermétique.
Très habilement, deux écrans sur les côtés de la scène détaillent les personnages et ce qui est en train de se dérouler. Tout prend subitement un sens, ces jolies statues que l'on voit dans les temples ont un nom, une histoire, une vie.
Tout aussi habilement, un petit peu d'humour est parsemé au cours du spectacle. Celui-ci termine d'ailleurs par une hilarante performance d'improvisation des marionnettistes au milieu de l'audience. C'est assez bluffant de voir cette marionnette réagir si naturellement à ce que fait le spectateur pris pour cible, alors que le bras gauche et le bras droit sont chacun manipulés par un artiste différent.

Vous l'aurez compris, j'ai été en-chan-té.
Je ne saurai que conseiller au visiteur de Bangkok d'y passer une soirée.
Le théatre se trouve au milieu du "Suan Lum Night Bazar", près de Lumpini Park.

Pas possible de filmer pendant la représentation, mais j'ai trouvé une vidéo sur Youtube:



mardi 24 juin 2008

A quoi ça rime?

C'est ce que je me suis demandé ce matin en passant devant les "manifestants" du PAD (People Alliance for Democracy, voir post précédent)

Voilà maintenant plus d'un mois qu'ils font le siège du gouvernement, et ce sans autre effet notable que de perturber le quartier de leur manifestation.
Ils réclament la démission du gouvernement, jouent leur carte de parti "d'opposition" au moins aussi bien (ou mal) que ce que l'on peut voir chez nous, et finalement, petit à petit, commencent à se désolidariser du soutien populaire.

Les gens commencent à se poser des questions. Certes le gouvernement et le parti en place sont loin d'être irréprochables. Ca sent fortement la corruption. Les juges d'ailleurs n'ont toujours pas réussi à trouver quoi que ce soit contre Taksin (l'ancien premier ministre, et le réel chef d'orchestre des coulisses du gouvernement) et ils ont peut être été eux aussi arrosés.

Mais le PAD représente-t-il une alternative valable? Rien n'est moins sûr. Après tout, ils ont du user de toute leur influence pour pousser les militaires à renverser Taksin en 2006... pour être de nouveau battus aux élections qui ont suivi.
Et cette fois-ci, esperent-ils un bis? Pour des gens se réclamant de la démocratie, ça fait tâche.

Et puis comment expliquer les spectacle étonnant auquel j'ai assisté ce matin en arrivant à mon école? (je le rappelle, située en plein milieu des manisfestations, puisqu'à à peine 100m de la "Maison du Gouvernement)

Les rues sont bloquées par la police dans un rayon d'environ 300m autour du Government House... Mais les manifestants, du moins ce qu'il en reste par rapport au week-end dernier (ils ont un boulot eux aussi, après tout), sont derrière ces barrages. Et ils filtrent eux aussi ceux qui passent. Un dernier cordon avec casques et matraques entoure le Government House. Face à quelques manifestants nochalament assis sur leurs chaises pliantes.


Et au milieu de tout ça, ils ont eu tout loisir d'installer tentes, petits commerces et même une énorme scène pour leurs discours politiques (voir photos).
A un jet de pierre de l'entrée du bâtiment officiel.
Mais qu'est-ce que ça veut dire?
Peut-être sont-ils des génies de la construction et ont par surprise réussi à assembler tout ça de nuit sans éveiller les soupçons...
Je plaisante.

Le gouvernement est il alors démocrate au point de laisser ses opposants s'installer en plein milieu d'une des grandes avenues sans rien faire?
Je ne crois pas. Mon avis, c'est qu'encore une fois, dessous de tables et copinages ont dû largement aider.

La corruption est la gangrène de ce pays. La Thailande ne peut sérieusement envisager un développement futur si elle n'arrive pas à se débarrasser de ce fléau. A tous les échelons, les intérêts personnels passent avant les intérêts collectifs.
Sinon comment expliquer les constants changements de plans d'urbanisme et de transports, au grés des renversements politiques? Certains grands travaux ont été arrêtés 3 ou 4 fois sur les 15 dernières années, reprenant parfois à d'autres endroits, pour finalement recommencer au point de départ.

Le résultat c'est, par exemple, que les 3 nouvelles lignes de SkyTrain tant attendues depuis au moins 5 ans sont toujours en construction. Que les travaux dans bangkoks sont parfois faits en dépit du bon sens et que le pays, après avoir été un des "dragons" de l'Asie, commence à être menacé par la concurrence du Vietnam.

Qui a dit que les politiques n'avaient pas d'influence sur les économies?

lundi 23 juin 2008

Comme un gamin

Comme un môme, j'attends en trépignant la sortie de Wall-e, le prochain long métrage de pixar.
Je croise aussi fort les doigts pour qu'ils aient, de nouveau fait un petit chef-d'oeuvre, mais jusqu'à présent, tout ce que j'en ai vu me réjouit d'avance.

C'est mon côté gamin binoclard qui ressort...

Des robots partout: "trop cool"!

Voilà une bande annonce... (c'est en anglais)
Moi je veux celui qui n'arrête pas de se taper la tête avec un plateau repas.




Oui, je sais, aucun rapport...
Et alors?

dimanche 22 juin 2008

Des fleurs pour la maîtresse

Jeudi dernier, avant que les manifestations ne viennent troubler le quotidien, s'est déroulé dans mon école la cérémonie du "Wai Kruu".
"Wai" signifie quelque chose comme "salut" ou "respect". C'est le nom qu'on donne à la façon dont les Thaï disent bonjour, les deux mains jointes face à leur interlocuteur.
"Kruu" signifie "Professeur".
Ainsi, à l'occasion de cette cérémonie, les élèves rendront hommage à leurs professeurs.
On a ici une belle illustration de la relation entre les élèves et les professeurs en Thaïlande. Le statut d'enseignant est très bien considéré ici. Leur importance dans la société est reconnue, et l'affection que les gens ont pour eux est accrue par le fait qu'ils soient notoirement mal payés.

La gentillesse naturelle des Thaï transparait quotidiennement dans la relations élève-professeur: bien que l'organisation de l'école et des cours ressemble à l'école "à l'ancienne" (uniformes, hymne national le matin...), il existe un très fort lien affectif entre les élèves et leurs professeurs.

Pour preuve: après la cérémonie "officielle", chants entonnés et compositions florales remises presqu'au garde-à-vous, la journée continue chacun dans sa classe mais de nombreux élèves passent de leur propre chef rendre visite et hommage à leurs anciens professeurs. Leur offrant une petite couronne de jasmin.

Cette atmosphère joyeuse et débordante d'affection est vraiment touchante. Les Thaï, encore une fois, nous démontrent que leur réputation de gentillesse n'est pas usurpée. Elle leur joue parfois des mauvais tours, mais dans ce cas, quel bonheur de les voir prendre tant de plaisir à aller à l'école.

vendredi 20 juin 2008

Manifs, le retour

Actuellement Bangkok et la Thaïlande traversent une période politique assez mouvementée et instable. Je suppose qu'on n'en parle pas vraiment en France.
Pour mémoire, à l'époque, le coup d'état de 2006 ayant été évoqué pendant 2 jours et après, pfuiiiit...
On préfère se demander si Estelle va dire oui ou non à ce navet de Raymond (que voulez-vous, chacun ses priorités).

Bref!
Depuis 1 mois environ, le PAD (People's Alliance for Democracy) organise une manifestation longue durée près du batiment des nations unies. L'origine des revendications est une proposition de modification de la constitution par le gouvernement actuel, qui semble être destinée surtout à se faciliter une prochaine réelection et éventuellement même à permettre un retour aux affaires de l'ex-premier ministre Taksin (celui parti avec plein de sous, et, entre-autres propriétaire d'un des opérateurs mobiles de Thaïlande et de l'équie de Foot Manchester City).
Ceci dit, l'idée sous-jacente du PAD c'est de carrément faire tomber le premier ministre Samak et le gouvernement actuel qui va avec. L'amendement de la constitution est plutôt un prétexte.
Mr Samak, avouons-le, n'est pas non plus une lumière. Il a récemment déclaré "Le riz est trop cher? Bah mangez des nouilles!". Pour rattraper le coup comme il a pu, ensuite, avec une belle dose d'hypocrisie (tiens, nouveau lien avec l'actualité française et le fameux Raymond, roi de l'intox).

Toujours est-il que le PAD a décidé de déplacer la manifestation vers "Government House" (NDLR: le siège du gouvernement)... qui se trouve (je l'ai déjà dit) à deux pas de mon école.
Résultat, la police est passée hier et a demandé de fermer l'école aujourd'hui, pour des raisons de sécurité.
Pour les anglophones, voilà l'article du Bangkok Post: http://www.bangkokpost.com
J'ai modifié le "plan des barricades" fourni par l'article pour montrer où est mon école (en vert):
Facile à voir que c'est effectivement un peu au milieu des évènements.
Reste à savoir combien de temps ça va durer.... et surtout si je vais être payé (en théorie, oui).

Patience, on verra bien...

Du coup je ne vous ai pas parlé de jeudi, qui était la journée du "Wai Kruu", c'est à dire le "Salut aux Professeurs". Une bien belle tradition où les élèves rendent hommage à leurs profs en chantant et leur offrant des fleurs.
Ce sera pour le prochain message, actualité brûlante oblige!

lundi 16 juin 2008

Vous reprendrez bien un peu de vitamines?

Après les fleurs... les fruits!

Les amateurs se régalent ici. On trouve des fruits frais dans tous les coins de la ville, prédécoupés et délicieusement juteux.
Les ananas sont sucrés et semblent dénués de fibres, les bananes sont tendres et les lychees sont justeux à souhait.
La liste de tous les fruits que l'on trouve ici serait très longue. Alors je vais mentionner quelques-uns des plus "intéressants" ou méconnus chez nous.



La Mangue:
D'abord, pour moi le "roi des fruits": la mangue.
Pas la mangue verte et rouge toute ronde que l'on trouve chez nous. La mangue d'Asie, jaune, allongée, sucrée, fondante et au parfum étourdissant.
Nature, en salade ou en "shake", j'adore... Malheureusement, elle voyage très mal, et en trouver en France est assez difficile. essayez dans le XIII°.



Le Mangoustan:
A première vue on dirait un faux fruit fait en pate à modeler. Avec des petites feuilles vertes toutes rondes collées sur le dessus. Et puis, une fois la coque tendre rompue, on découvre des quartiers blancs. Attention, chacun contient un gros noyau. Le goût est un peu acide, et pourrait faire penser à du raisin blanc... mais il y a un parfum floral là-dessus qui n'est pas désagréable.



Le Fruit du Dragon:
A la vue de la photo, pas trop difficile de comprendre l'origine du nom de ce fruit. Par contre, une fois la chair révélée, surprise! L'intérieur est noir et blanc, un peu comme un kiwi dans un film de Chaplin.
Et, soyons honnêtes, l'intérêt gustatif est très limité: pas vraiment de goût, pas vraiment sucré...
Décoratif.


Le Ramboutan:
Il est rigolo celui-là. En fait, c'est une sorte de lychee croisé avec du Velcro. Hérissé de ces petits appendices qui s'accrochent les uns-les autres, le Ramboutan révèle à l'intérieur un chair à la consistance et au goût très proches du lychee. Peut-être un peu moins parfumé mais bien plus facile à décortiquer.



Le Durian:
Celui-ci, on aime ou on déteste. L'équivalent de notre fromage pour l'Asie du Sud-Est. C'est un fruit qui n'a pas le gout de son odeur. Tant mieux, car il sent pas bon. Un peu comme une poubelle oublée au soliel vous voyez?
Et, comme, le fromage, s'il est bon, c'est délicieux, sinon, c'est vraiment pas cool.
Je m'étais déjà un peu habitué à Singapour, mais j'ai goûté l'autre jour un TRES bon Durian. Et j'ai compris. Le durian, quant il est bon, est délicatement sucré, a une consistance crèmeuse, presque beurrée et un très léger parfum fruité, mais il ne sent absolument pas.
Par contre, comment savoir bien le choisir? C'est une science occulte, un peu comme quand le grand père arrive à savoir si le melon va être bon avant même qu'il soit ouvert.

Voilà un (petit) aperçu des fruit que l'on peut trouver ici. Je continuerai la liste un peu plus tard. En attendant je vais aller soigner mon rhume.
Snirfl.

Phalaéno-quoi?

Ce week-end, j'ai pris froid au cinéma. Même en prévoyant de quoi se couvrir, on arrive quand même à attraper la crève dans la salle. Je ne comprends toujours pas pourquoi ils règlent la clim en mode congélation.
Mais la question n'est pas là.
Avant que les miasmes et le nez qui coulent ne fassent leur apparition plus tard dans la nuit, on a fait un tour à l'exposition annuelle d'Orchidées qui se tient à Siam Paragon, c'est à dire dans le même mall que le ciné (le voilà le lien, un peu laborieux).

Les orchidées ici, c'est un peu les tulipes de chez nous. C'est décoratif, pas trop difficile à faire pousser et ça coute pas cher.
Oui oui, les orchidées ici sont très abordables et (justement) bien moins chères que lest Tulipes.
Forcément, le climat tropical leur convient particulièrement.

Alors loin de moi l'idée de vous faire un cours de botanique. Je suis nul et en plus je sais que des profs de Sciences Naturelles, des amateurs Botanistes et même des Fleuristes (spéciale dédicace à ma Mamie adorée) me lisent.

J'ai profité de l'occasion pour acheter un beau plant.
Ca fait longtemps que j'avais envie, mais j'ai toujours eu un peu peur de tomber sur de la mauvaise qualité qui dépérit en 3 semaines (et une orchidée qui dépérit, ça me déprime). Cette fois-ci, les exposants étaient triés sur le volet et les spécimens parfois ahurissants.
Je suis resté classique... Mais je m'accorde la fantaisie de la couleur lorsque j'achète les orchidées en bouquet coupés au petits marchands ambulants.
Elles durent en général une petite semaine et me coutent moins de... 1€.


De façon plus surprenante (pour moi tout du moins), la vanille n'est pas produite ici. Car la vanille est produite à partire d'une orchidée, principalement dans les régions tropicales (Madagascar, Réunion, Indonésie)... Mais pas ici.
Au point que la plupart des Thaï ne savent pas vraiment à quoi ressemble une gousse de vanille.
Ne vous inquiétez pas, j'ai déjà réparé l'oubli à l'aide d'un bon lait chaud infusé à la vanille bourbon.

Mmmmmmh!

dimanche 15 juin 2008

Les Perturbations du Je

Mon Thaï s'améliore, cependant, il y a une chose que je n'ai découvert qu'aujourd'hui... et qui explique beaucoup de difficultés de compréhension de ma part.

Avec Nuch, tout à l'heure on a croisé une voisine dans l'ascenceur. Elles ont papoté quelques secondes ensemble, en thaï, puis nous sommes partis chacun de notre côté.
J'avais compris de la discussion que Nuch expliquait que nous allions au cinéma, et la voisine lui a répondu qu'elle allait récuperer des photos... Rien d'exceptionnel.
Hormis que Nuch commence à me demander si je pense qu'elle est thaï, car elle avait un peu d'accent, et son prénom est "Lisa".

Son prénom?

J'ai pas entendu Nuch lui demander son prénom...
D'accord, je comprends pas 100%, mais de là à laisser passer les présentations.

Et c'est comme ça que j'apprend que les Thaï, et de façon très courante, parlent d'eux à la troisième personne.

En cours, j'avais appris le "Je" pour les hommes ("Phom" - ผม ) et celui pour les femmes ("Dichan" - ดิฉัน )... Hé bien en fait c'est une façon très formelle de s'exprimer.
Les Thaï disposent de toute une palette de possibilités qui sont pour moi un peu perturbantes.

Le plus courant sera de substituer son prénom au "Je". C'est donc comme ça que Nuch a appris le prénom de la voisine. Celle-ci lui a dit "Lisa va aller chercher ses photos au magasin".
Du pur Alain Delon, sauf qu'ici c'est l'usage et nullement de la mégalomanie.

Mais, pour rendre les choses un peu plus drôles, on peut aussi utiliser d'autres qualificatifs que le prénom.

Exemple: Kwang est une amie de Nuch, et elle est plus jeune. Elle va donc s'adresser à elle en disant "Pii Nuch" ( พี่นุช ) qui signifie littéralement "grande soeur Nuch".
Et ainsi, Nuch pourra réutiliser se terme pour parler d'elle.
Exemple de discussion traduite:
- Pii Nuch, qu'est-ce que tu va faire ce soir?
- Pii va sortir au resto avec son copain.

Et comme il y a pas mal de façon de s'adresser à chacun, pour des raisons de politesse, il y a à peu près autant de façons de parler de soi.

Donc il va falloir que je m'habitue à parler de moi à la troisième personne.
Le plus intéressant, c'est que Nuch a du mal à comprendre pourquoi ça me paraît étrange...

mardi 10 juin 2008

Le Roi, les Thai et la Démocratie

Voilà un titre bien moyen je l’avoue, mais le sujet est assez sérieux, voire épineux, alors je tâche d’éviter les phrases à l’emporte-pièce.

Tout voyageur aura, sitôt atterri à Bangkok, remarqué l’omniprésence de la figure royale. Le Roi est partout : de façon très voyante en énorme portraits sur les gratte-ciel, ou de façon plus subtile... Par exemple:

  • Le lundi, une majorité de Thaï, notamment dans le secteur public, porteront du jaune, couleur du Roi, ,afin de l'honorer. Depuis peu, le mardi est Rose, couleur qu'il a arboré à sa sortie de l'hopital.
  • Dans les écoles avant les cours, ou au cinéma, avant le film, on se met au garde à vous 2 minutes le temps d'écouter (voire entonner) le chant à la gloire du Roi.
C’est forcément, de notre point de vue, assez dérangeant. Le culte de la personne n’appelle pas à beaucoup de souvenirs dans notre passé voire notre présent. Il évoque despotisme et asservissement.

Comme toujours, les apparences peuvent se révéler trompeuses, et la situation est bien plus subtile qu’il n’y paraît, et de petits éclaircissements peuvent amener à mieux comprendre tout cela. Comme d’habitude, je livre ici mes propres conclusions, mes observations. Je ne suis pas politologue ni expert. N’hésitez pas à me corriger, me complêter : les commentaires du blog sont là pour ça, et mon avis sur la question est encore en pleine construction.

La thaïlande est depuis 1932 une monarchie constitutionnelle. Globalement établie d’après le modèle anglais elle ne donnait au départ qu’un rôle cérémonial au Roi, qui s’est depuis étendu à un droit de veto très restrictif sur l’établissement de nouvelles législation (ce veto pouvant être contourné par un vote du Sénat).

Bref, le rôle du Roi, politiquement, est tout au plus consultatif… Mais plusieurs facteurs changent complètement la donne.

D’abord sa longévité : Le Roi, de son vrai nom Bhumibol Adulyadej (ภูมิพลอดุลยเดช) a été couronné en 1946, ce qui fait de lui le chef d’état en fonction depuis le plus longtemps actuellement. Plus de soixante ans se sont écoulés et plusieurs générations n’ont connu que ce visage.
Cette longévité et cette stabilité s’avèrent être les seules repères fixes des Thaï. Depuis plus d’un siècle, l’instabilité politique est constante. Pas moins de 17 constitutions ont été rédigées. Des périodes d’inefficacités démocratiques ont souvent été entrecoupées par des coups militaires amenant à la rédaction d’une nouvelle constitution, censée rendre la démocratie enfin efficace.
Las, le dernier en date (déc. 2006) a permis de se débarrasser d’un premier ministre corrompu, mais pas de sa clique, qui a aussitôt repris les rênes du pouvoir par une démagogie frisant le ridicule sons pour autant effrayer un électorat des campagnes nombreux et peu cultivé.

Et à côté de ces incessants palabres parlementaires, de ces lois mal faites qui font plus de mal que de bien se trouve le Roi, qui intervient finalement assez rarement, si ce n’est pour proposer quelques réformes « de bon sens » ou mettre en place à titre privé, en puisant dans la fortune de la famille royale, des institutions utiles et efficaces.

Il existe aussi une très forte législation vis-à-vis du crime de lèse majesté. En théorie, critiquer le Roi est passible d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 15 ans. C’est assez effrayant pour nous. Où est la liberté d’expression ? Dans la pratique, cette loi semble persister par la volonté de certains politiques plutôt que du Roi. Cette charge est en général utilisée à l’encontre d’ennemis politiques, et se contente en général d’une démission. Quelques cas cependant ont amené des incidents (comme la fermeture de sites web ou la garde à vue d’étrangers).
Bizarrement, même les Thaï les plus modernes, attachés à la démocratie et à la liberté d’expression, restent assez silencieux sur ce sujet. Et ce n’est pas par peur de représailles. Ici, on ne touche pas au Roi, un point c’est tout.

Mon sentiment, c’est que le Roi que les Thaï protègent et vénèrent ainsi avec autant de ferveur n’est pas la personne physique de Bhumibol. C’est tout ce qu’il représente :
La vision d’une Thaïlande libre, moderne et solidaire, mais surtout l’unité de la Thaïlande, derrière son Roi, débarrassée du fossé entre Bangkok et la campagne.
Le Roi est la cristallisation des valeurs de la Thaïlande… Alors oui, sous cet angle, il est plus facile de comprendre l’attachement quasi religieux des Thaï à ses valeurs. Ne sommes nous pas tout aussi sensibles aux attaques à l’encontre de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ?
Le Roi est un peu une Marianne dans un pays aux fondations encore frêles, une cocarde qui peut réunir les Thaï dans leurs différences.

Espérons qu’il continuera à user de ce pouvoir avec discernement, car même s’il est un symbole, il n’en reste pas un être humain à un poste aussi puissant que vital pour le pays.
Notre histoire nous a appris l'asservissement qu'apportent les monarques et l'adulation, leur histoire leur a appris que la démocratie est synonyme d'une corruption qui ne semble pas atteindre la royauté.
A chacun son chemin, je leur souhaite moins cahotique et plus prospère.

vendredi 6 juin 2008

Allez!... à Toire! (elle est pas de moi)

La fréquence des messages à baissé ces derniers jours...
Je m'en excuse, parce que j'ai toujours beaucoup de choses à vous raconter... Plusieurs "sujets" que je laisse un peu mûrir parce qu'ils nécessitent un peu plus de précautions.

Et là dessus s'ajoutent la gestion de ma nouvelle profession et des nombreux aléas qui l'accompagnent.

D'abord, le désordre administratif de l'Education Nationale de Thaïlande... Outre les emplois du temps aléatoires et changeants (j'avoue que c'est pas simple), il y a tous ces petits dysfonctionnements qui semblent très familliers: les livres scolaires qui ne sont toujours pas là, et même certains qui n'arriveront jamais par manque de budget. Un budget d'ailleurs très bien géré ui a permis de transformer la salle des profs étrangers en "fitness room". Splendide: grands miroirs, clim, vélo elliptique, tapis roulant cardio training etc...
Sympa...
Mais qui va s'en servir? Les profs thai ont cours toute la journée et je suis pas sûr qu'ils seront tentés de faire des "heures sup'" pour faire un peu de sport sur place. Quant aux profs étrangers, on a quelques heures de trou, mais on en profite plutôt pour faire les photocopies ou les corrections. D'autant plus que maintenant qu'on est relégués chacun au fond d'une des classes, ça prend plus de temps pour travailler.

Il y a la paye. Celle du mois de Mai que je viens d'avoir, après une longue période d'incertitude sur la date. Finalement, ce fut branle-bas le combat hier. A 14h nous avons dû abandonner les éventuels cours restant de la journe pour répondre à la convocation de dernière minute (à l'autre bout de Bangkok) pour aller chercher nos enveloppes.

Et puis il y a les manifs, aussi.
Encore une aujourd'hui. En rentrant du déjeuner, on a trouvé la rue bloquée par un cordon de policiers anti-emeutes.
Ils nous ont laissés passer avec le sourire. Tout comme les manifestants que nous avons croisés plus loin. Il y en avait environ moitié moins que des policiers d'ailleurs.
Au moment ou on rentrait dans l'école ils se sont mis à scander (en Thaï, on m'a traduit après) "Les Profs avec nous! Les profs avec nous!".
Mais je sais pas c'est qui, eux... Ni pourquoi d'ailleurs.
Donc je suis allé sagement enseigner "Where is Brian? Brian is in the kitchen!".

Je dois pas être prof depuis assez longtemps.

J'ai pas encore la grèvite ni la manifestite aigüe.

Oooooh. C'est bas ça.