jeudi 3 avril 2008

"La Plage", ou l’illusion du Backpacker

De retour des îles paradisiaques du Sud de la Thaïlande, j’ai naturellement eu envie de revoir "La Plage". "The Beach", en anglais, a été réalisé par Danny Boyle ("Petits Meurtres entre amis", "Trainspotting"…) , d’après le roman éponyme de Alex Garland. Le même Danny Boyle a d’ailleurs réalisé "28 jours plus tard", d’après le roman du même Alex Garland.

Le film n’est, m’a-t-on dit, qu’un pale reflet du livre, qui décortique en profondeur la psychologie des personnages et leur interaction dans la petite communauté de la Plage.
Cependant, après les quelques temps que j’ai pu passer ici et là en Asie, dans la peau de touriste comme de résident, la vision du film prend une dimension plus intéressante que Leonardo tout bronzé qui drague Virginie Ledoyen en bikini.

Le film fut tourné dans son intégralité en Thaïlande, et, à peu de choses près, sur les lieux même où il est censé se dérouler. Ce sont donc des décors assez familiers désormais, et, hormis un coup de pinceau numérique pour fermer le cirque de montagnes entourant la plage le réalisme est au rendez-vous - en réalité, vous l’avez vu sur les photos, il y a une ouverture sur la mer.
Leo interprète Richard, un jeune Américain parti en Thaïlande pour se faire un trip "backpacker" (genre de routard international) en espérant s’évader des circuits touristiques, et de façon plus générale, s’évader de ce monde.
Très vite, il se rend compte que ces hordes de demi-hippies en sac à dos sont à peu près aussi libres que les bus de touristes en chemisettes hawaïennes qu’ils abhorrent.

De nombreux pays, et en particulier la Thaïlande, drainent des milliers (millions ?) de routards qui cherchent l’évasion.
Mais à fréquenter Kao San Road ou les bungalows pas chers des plages de la mer d’Andaman, on se rend vite compte que leur volonté de vivre le "dénuement" n’en fait pas forcément de meilleurs voyageurs.
Ce n’est pas parce qu’ils acceptent de dormir dans des taudis qu’ils sont plus au contact de la vie locale que d’autres. Ils s’entassent entre eux, ne fréquentent pas les "autochtones", qui les trouvent souvent bizarres, assez peu respectueux finalement et n’approuvent pas particulièrement leur penchant pour la fumette, l’alcool et le "djumbé" à toute heure.

C’est là où je venais en venir. L’illusion du "backpacker" : persuadé que le mal réside dans le confort matériel alors que c’est tout simplement dans la nature même de l’homme. Le film en est une intéressante illustration. Dans la si parfaite communauté paradisiaque de La Plage sévit le désir, la jalousie et, finalement, les mène à l’effondrement.
Même débarrassés de ce qu’ils pensent être les caractéristiques de nos sociétés occidentales, ils ne sont pas plus ouverts à la culture locale que de simples touristes parqués sur des circuits prémâchés. Leur intégrisme de "routard" à tendance bobo les rends grégaires, fermés voire intolérants, au même titre que tout ce qu’ils rejettent.

Bien entendu il y a plein de routards sympas et exempts de cette hypocrisie. Tout comme on en trouve dans les voyages organisés et les hôtels de luxe. La différence se fait au niveau de l’individu, c’est à chacun d’agir en son âme et conscience.

L’ouverture d’esprit ne se juge pas à la longueur des dreadlocks ou à l’épaisseur du portefeuille. Elle réside dans nos actes, dans la façon de regarder les choses sous des angles différents et dans notre capacité à nous affranchir des œillères que nos appartenances "tribales" respectives nous font porter.

Voyagez comme vous voulez en Thaïlande. Il n’y a pas véritablement de bonne ou mauvaise façon. Ce qui est important, c’est d’ouvrir l’esprit au moins aussi grand que les yeux.

Facile à dire...

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Comme c'est bien dit. Bises à notre philosophe.
Martine

Anonyme a dit…

c'est vrai que tu as tout à fait raison! Ca rend philosophe les îles dis moi! On devrait tous y aller pour la peine!!!
Gros bisous

Nini

Vince a dit…

Sympa cette petite réflexion dans cet article. Je reviens de voir "The Beach" après y être allé et avoir lu le livre pendant que j'y étais. Je conseille d'ailleurs vivement de lire le livre qui est excellent.